Enzyme «clé de la prise de poids»

« La pilule qui vous permettra de manger ce que vous voulez et de ne pas prendre de poids – grâce au ‘gros contrôleur' », a rapporté le Daily Mail. Il a dit que les chercheurs ont identifié l’enzyme qui détermine si la graisse que nous mangeons est utilisée pour l’énergie ou si elle est stockée dans le corps. Le Daily Express a également couvert l’histoire, et a déclaré que la découverte pourrait ouvrir la voie à de nouveaux traitements contre l’obésité.

Les reportages sont trop optimistes quant à la façon dont les scientifiques sont venus à modifier le métabolisme des graisses chez les humains. Cette étude en laboratoire chez la souris a mis en évidence une enzyme appelée MGAT2, qui semble jouer un rôle clé dans la façon dont la graisse est métabolisée chez les souris nourries avec un régime riche en graisses. Cependant, les résultats ne peuvent pas être directement appliqués aux humains, et une «pilule grasse» est encore loin. Le maintien d’un poids santé grâce à une alimentation équilibrée et à un exercice régulier demeure le moyen le plus approprié d’éviter l’obésité et les problèmes de santé qui y sont associés.

D’où vient l’histoire?

Le Dr Chi-Liang Eric Yen et ses collègues de l’Institut Gladstone des maladies cardiovasculaires, de l’Université de Californie, de l’Institut Novartis de recherche biomédicale et de l’Université du Wisconsin-Madison ont réalisé cette étude. La recherche a été financée par l’American Heart Association, les National Institutes of Health des États-Unis, le Centre national de recherche des États-Unis pour les ressources de recherche et les instituts J. David Gladstone. Il a été publié dans la revue médicale revue par les pairs Nature Medicine.

Quel genre d’étude scientifique était-ce?

Les chercheurs disent que les animaux stockent la graisse dérivée de leur régime dans leur tissu adipeux blanc. Pendant les périodes de vaches maigres, lorsque l’apport calorique est faible, ce stockage de graisse peut être bénéfique. Cependant, lorsque les graisses alimentaires sont abondantes, cette capacité à stocker les graisses peut contribuer à l’obésité et à ses troubles métaboliques associés.

Cette étude en laboratoire chez la souris a étudié le rôle d’une enzyme (Acyl CoA: monoacylglycérol acyltransférase-2 ou MGAT2) dans la façon dont la graisse est utilisée et stockée chez la souris. Il existe différents types d’enzymes MGAT présents dans l’intestin grêle des animaux et des humains, et tous jouent un rôle dans le métabolisme des graisses. MGAT2 se trouve en concentrations élevées dans l’intestin grêle proximal (le plus proche de l’estomac).

Les chercheurs ont utilisé des souris mutantes qui étaient incapables de produire l’enzyme MGAT2 et dont l’activité MGAT intestinale globale était réduite. Les effets d’un régime riche en graisses (dans lequel les calories provenant de la graisse représentaient 60% du régime alimentaire des femelles et 45% des mâles) chez ces souris ont été comparés aux effets d’un régime riche en graisses chez les souris normales. Les chercheurs ont également comparé les concentrations d’insuline et la tolérance au glucose après une alimentation prolongée riche en graisses, ainsi que les taux de cholestérol et la présence de stéatose hépatique.

Les chercheurs ont ensuite exploré précisément quels mécanismes différaient entre les souris non-MGAT2 et les souris normales. L’absence de MGAT2 ne semble pas affecter la façon dont les graisses alimentaires ont été absorbées. Cela a conduit les chercheurs à théoriser que les différences de gain de poids entre les deux groupes de souris pourraient être dues à une absorption réduite des graisses alimentaires dans leur circulation.

Quels ont été les résultats de l’étude?

Dans un régime riche en graisses, les souris mutantes ont perdu 40% de poids en moins que les souris normales et avaient une masse grasse inférieure de 50%. Ils avaient également des concentrations plus faibles d’insuline après le jeûne et une meilleure tolérance au glucose. Leurs concentrations à jeun de cholestérol total et non HDL («mauvais») étaient plus faibles et ils étaient protégés contre les maladies du foie gras. Les souris mutantes ne semblaient pas manger plus que les souris normales, mais avaient une plus grande consommation d’oxygène.

Une étude plus poussée a révélé que les souris mutantes avaient un taux métabolique plus élevé, ou une plus grande production de chaleur, au repos. Les expériences ont confirmé que même si l’absorption globale des graisses n’était pas affectée, il y avait moins d’absorption de graisse dans la partie proximale de l’intestin grêle, et plus de graisse atteignant la partie médiane de l’intestin que chez les souris normales. Ceci indique que l’absorption des graisses a été retardée. Les chercheurs ont également constaté qu’une quantité réduite de graisse entrait en circulation chez les souris mutantes.

Quelles interprétations les chercheurs ont-ils tirées de ces résultats?

Les chercheurs concluent qu’une déficience de l’enzyme MGAT2 réduit l’absorption de graisse dans l’intestin grêle proximal et retarde l’entrée des graisses dans la circulation. Ils disent que ce changement dans la façon dont les graisses sont absorbées peut réduire le stockage des graisses, améliorer l’oxydation des graisses et l’inefficacité métabolique. MGAT2 est un « déterminant clé du métabolisme énergétique en réponse à la graisse alimentaire » et selon les chercheurs « peut être pertinent pour l’obésité humaine ». Ils disent que l’inhibition de MGAT2 dans l’intestin grêle pourrait être utile pour traiter les maladies métaboliques causées par un apport excessif en graisses.

Que fait le NHS Knowledge Service de cette étude?

Cette étude en laboratoire jette plus de lumière sur le processus de métabolisme des graisses. Il semble également avoir identifié, au moins chez les rats, une enzyme qui est la clé du métabolisme des graisses. Ceci est une recherche précoce, et l’étude n’a pas étudié les effets négatifs possibles d’une absence de MGAT2, ce qui ne peut apparaître à long terme.

Il est trop tôt pour prétendre que cette étude ouvre la voie à une «grosse drogue» comme le rapporte le Daily Express. Il reste également à voir si la présence ou l’activité de MGAT2 chez les humains explique pourquoi certaines personnes « ne deviennent pas flasques » comme le prétend le Daily Telegraph. Ce fut une étude chez la souris, et on ne sait pas si l’élimination de MGAT2 du métabolisme humain aura les mêmes effets. On ne sait pas non plus comment cela serait possible étant donné que l’enzyme a été éliminée de ces souris par mutation génétique.

La prévention du diabète, de l’obésité et des maladies cardiaques est une question complexe. Notre poids corporel et notre métabolisme sont influencés par de nombreux facteurs, dont notre constitution génétique. Les facteurs importants qui influent sur le poids corporel sont l’apport alimentaire et les niveaux d’activité physique. Atteindre et maintenir un poids santé grâce à une alimentation équilibrée et à des exercices réguliers demeure le moyen le plus approprié d’éviter l’obésité et ses problèmes de santé. Une pilule grasse qui rend ces approches redondantes est très loin.